L'ancien président Nicolas Sarkozy arrive au palais de justice de Paris pour son procès en appel dans l'affaire du financement libyen, le 16 mars 2026 à Paris ( AFP / Alain JOCARD )
La liberté ou la prison pour Nicolas Sarkozy: le procès en appel de dix personnes dans l'affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, s'est ouvert lundi à Paris, échéance cruciale pour l'ex-président après son incarcération à l'automne.
Lors de débats prévus jusqu'au 3 juin dans le décor monumental de la première chambre de la cour d'appel de Paris, les enjeux sont grands pour celui qui est devenu l'an dernier le premier ex-président de la République incarcéré.
Sourire crispé, Nicolas Sarkozy, 71 ans, est entré quelques minutes avant l'ouverture de l'audience, serrant les mains de gendarmes et avocats. Il s'est ensuite assis au premier rang des prévenus pour écouter le résumé par le président des faits qui lui sont reprochés, jambes tantôt croisées, tantôt agitées de mouvements nerveux.
En septembre, le tribunal correctionnel de Paris l'avait déclaré coupable d'association de malfaiteurs et l'avait condamné à cinq ans d'emprisonnement ferme en raison d'une "corruption au plus haut niveau" d'une "exceptionnelle gravité".
Entré le 21 octobre à la prison de la Santé, Nicolas Sarkozy a obtenu sa mise en liberté sous contrôle judiciaire trois semaines plus tard.
Dans ce feuilleton politico-financier entamé en 2011, l'ancien champion de la droite est accusé d'avoir voulu faire financer sa campagne victorieuse de 2007 par des fonds occultes de la Libye du dictateur Mouammar Khadafi, ce qu'il a toujours nié.
En première instance, le tribunal correctionnel l'avait relaxé pour trois infractions sur quatre.
Les juges avaient estimé que le financement libyen de la campagne électorale de 2007 n'était pas établi, malgré l'envoi corroboré de 6,5 millions d'euros par la Libye. A leurs yeux, la preuve n'a pas été apportée que ces fonds aient effectivement atterri dans les caisses de la campagne.
Toutefois, ils ont jugé que l'ex-président avait laissé son plus proche collaborateur et son ami, Claude Guéant et Brice Hortefeux, démarcher le pouvoir libyen en ce sens à l'occasion de rendez-vous secrets en Libye fin 2005 avec un proche de Mouammar Kadhafi, Abdallah Senoussi.
Celui-ci était alors sous le coup d'une condamnation à la réclusion à perpétuité en France pour avoir commandité l'attentat contre le DC-10 d'UTA au-dessus du Niger en 1989.
"Le fait que les lieutenants de Sarkozy aient rencontré Senoussi, c'est quelque chose qui ne passe pas pour moi", a déclaré avant l'audience la veuve du pilote, Maryvonne Raveneau, qui a pris place dans la salle aux côtés d'autres proches des victimes de l'attentat (179 morts dont 54 Français).
- "Pacte démocratique" fragilisé -
Outre Nicolas Sarkozy, définitivement condamné dans les affaires Bismuth et Bygmalion, neuf autres prévenus seront rejugés durant trois mois.
L'ancien président Nicolas Sarkozy arrive au palais de justice de Paris pour son procès en appel dans l'affaire du financement libyen, le 16 mars 2026 à Paris ( AFP / Alain JOCARD )
"Le financement occulte de campagne électorale (...) fragilise le pacte démocratique. Chaque euro détourné ou injecté illégalement est une atteinte directe à la souveraineté", ont estimé les associations anticorruption Sherpa, Anticor et Transparency International France.
Aux côtés de l'ancien chef de l'Etat sont notamment jugés Claude Guéant et Brice Hortefeux.
Secrétaire général de l'Elysée sous Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, 81 ans, condamné à six ans de prison en première instance, pourrait ne pas être en mesure d'assister aux débats en raison de problèmes médicaux lourds.
Une expertise médicale doit être rendue mardi. Malgré une des condamnations les plus lourdes devant le tribunal correctionnel en septembre, il avait échappé à l'incarcération, incompatible avec son état de santé.
Quant à Brice Hortefeux, 67 ans, la justice lui reproche d'avoir agi comme intermédiaire du financement à travers le réseau du Franco-Libanais Ziad Takieddine. Ce personnage central du dossier, jugé en son absence, est décédé juste avant le jugement de septembre.
Brice Hortefeux a été condamné par le tribunal correctionnel à deux ans de prison, une peine aménageable à effectuer sous bracelet à domicile assortie de l'exécution provisoire, et à une amende de 50.000 euros.
Sur le banc des prévenus figure également le trésorier de la campagne de 2007, l'ex-ministre Eric Woerth, tout juste nommé président du PMU. Sa relaxe en première instance a fait l'objet d'un appel du parquet national financier (PNF).
A l'instar de Nicolas Sarkozy, les deux condamnés écroués à l'issue du jugement de septembre, l'intermédiaire Alexandre Djouhri et le banquier Wahib Nacer, ont été mis en liberté par la justice les semaines suivantes.
Officiellement onze prévenus sont jugés en appel mais l'avocat malaisien Sivajothi Rajendram est présumé mort, même si la justice française n'a pas obtenu notification de ce décès.

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